Ma pratique interroge la fragilité, l'insatisfaction chronique de la condition du " chercheur de sens. "

Je l'incarne physiquement à travers un choix de vie oscillant entre des emplois temporaires dans différents secteurs d'activités :

- industrie - commerce - artisanat - social et le prolongement de ces expériences accumulées dans le langage de l'art.

La pluralité de mes recherches, cette insatiable curiosité vagabonde sans chercher à approuver ni critiquer de manière frontale la frénésie d'une époque valorisant exagérément travail, progrès, auto-construction et utilitarisme. Je joue donc un double jeu en oscillant entre fascination et contestation. Il s'agit pour moi de contrarier l'emprise de nos valeurs en les faisant basculer jusque dans l'absurde.

Je mets en place des procédures d'évaluation absurdes pour les conjurer, s'attaquer avec une persévérance toute "sisyphéenne" aux mécanismes de l'action, par peur de l'inaction peut-être, ou au contraire d'un activisme déplacé ou inutile.

Ma démarche se développe autour ces expériences croisées. Par la peinture, la sculpture, et les outils multimédias, j'investis cette existence normée et cadencée pour entrer dans les méandres du sens de nos existences.

Ma pratique récente du numérique est transversale au reste de mes recherches : elle est un outil pour structurer mes pensées. Bien qu'autonomes, ces collages, ces calques constituent également un répertoire d'idées dans lequel je puise librement. Ils me permettent d'isoler des éléments piochés çà et là et de créer de nouvelles lectures par leur juxtaposition.

Leur point de départ est une recherche sur l'auto-obligation : étudier l'homme contemporain dans sa solitude extrême existentielle.

Je passe aussi bien de médiums contemporains à des médiums plus répandus comme la peinture, le pastel, le modelage, la taille directe...

Une soif d'apprendre d'engager des défis imposés.

Cette volonté acquisition de savoirs marque bien qu'en tant qu'artiste je suis dans le faire. Je pense en matière, en image, en objet, en animation, etc. Mes objets donnent à penser, mais je ne suis pas théoricien, mon travail passe par la production d'images ou d'objets.

Je ressens le besoin de comptabiliser le temps passé, lui donner de nouvelles perspectives.

Je ne me sens pas "performer" car je ne montre jamais l'action en train de se faire, mais bien son résultat. La présence de l'action apparaît en creux, le terme de processus me semble plus approprié.

Pour ce qui est de la comptabilisation du temps passé, il y a certainement là une manière de justifier mon statut, de valoriser mon activité comme travail. J'utilise moi-même, pour me rassurer, les logiques chiffrées que je réprouve : pointes ici une belle contradiction ! L'ambiguïté de mon travail n'est pas qu'une posture théorique, mais une mise en jeu de mes contradictions internes.

Je vis ma démarche artistique comme une expérience incarnée. Mon travail oscille entre recherches inachevées, certains résultats et autres déceptions...

A mon sens l'artiste doit être totalement ancré dans la société. La vision romantique de l'artiste dans sa tour d'ivoire est totalement désuète. Il n'est pas question pour moi d'une "exception artistique".

Lorsque je crée, je remets souvent en question la réalisation en cours. Je ne suis pas certain de considérer un de mes travaux comme achevés. Je les vois plus comme des expériences, des essais qu'il faut prendre en compte en fonction de ma démarche globale. Bien sûr, quand je les montre c'est qu'ils ont atteint un certain aboutissement, un certain palier. Mais rien ne dit que je ne vais pas les refaire, ou refuser de les montrer quelques mois après les avoir faits. Je produis beaucoup, je jette beaucoup et chacun de mes travaux prend souvent des formes diverses et variées avant de se fixer dans un médium précis.

Pour ce qui est de la question du doute elle est très présente, probablement trop d'ailleurs.

Aucune œuvre d'art n'est insouciante. La moindre nature morte classique a valeur symbolique et est généralement porteuse de morale. La nature morte moderne, en ce qu'elle remet en cause les codes de la peinture classique, nous pousse à un changement de regard sur l'art et sur le monde. Je ne pense pas que l'art puisse être insouciant, je ne peux donc pas faire un art plus insouciant, au risque de ne plus faire de l'art.

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